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Utiliser le théâtre de rue pour informer le public des problèmes sociaux
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L’association pour le théâtre éducatif philippin (PETA – Philippine Educational Theater Association) met en scène des pièces appelées « informances » – c’est-à-dire des performances ayant pour but d’informer – sur des problèmes sociaux allant des droits des femmes aux droits des enfants, à travers les Philippines. Avec son théâtre itinérant, PETA utilise les « informances » comme moyen de confronter le public aux problèmes sociaux majeurs habituellement inabordés. En agissant de cette façon, PETA oblige indirectement les individus à chercher eux-mêmes des solutions à leurs problèmes.

Aujourd’hui, un tiers de la population philippine vit sous le seuil de pauvreté. En conséquence, la majorité de la population ne reçoit pas un niveau d’éducation suffisant. Cette absence d’éducation s’accompagne de problèmes sociaux tels que le manque d’accès aux moyens de contraception, les violences domestiques, les viols intraconjugaux, les violences sur les enfants. Une grande partie de la population philippine s’est résolue à accepter silencieusement ces problèmes, se reposant sur les traditions pour justifier la violence dans les familles ou le nombre grandissant d’enfants dans les foyers les plus démunis. PETA a cherché, par son travail, à renverser cette situation.

Établie en 1967, PETA s’est engagée depuis dans un processus de changements sociaux. Depuis trente-trois ans, PETA propose des performances qui éduquent et développent sur des problèmes variés : des violences domestiques au contrôle des naissances devant des communautés marginalisées, mais aussi devant une multitude d’audiences différentes, afin de promouvoir une « culture de paix, de justice sociale et de développement durable » (Histoire récente du Théâtre, Online). C’est au travers de ces performances que PETA a cherché à accomplir cette mission.

Ce sont les communautés, les villages ou les organisations qui sollicitent PETA afin de faire jouer sa troupe. On demande souvent à l’association de donner des représentations abordant des thèmes qui affectent les communautés ciblées. Par exemple, la Commission sur la population a demandé à PETA de présenter une « informance » sur les causes et conséquences des besoins insatisfaits. PETA donne alors un visage humain au problème, en introduisant dans la pièce des personnages du quotidien auxquels les spectateurs peuvent s’identifier. Il peut s’agir d’un mari machiste et de sa femme désespérée. De plus, PETA adapte le décor de la pièce à la réalité de la communauté devant laquelle la troupe joue. Les « informances » durent en moyenne soixante-quinze minutes. En revanche, la pièce expose volontairement un problème social donné sans en offrir de solution. PETA agit ainsi dans l’espoir de donner matière à réfléchir aux spectateurs. Mais le travail de l’association ne s’arrête pas là : après chaque performance, les acteurs débattent avec les membres du public. Si les spectateurs sont peu nombreux, les impacts de la pièce sont discutés en cercle. Les acteurs cherchent à savoir ce que les spectateurs ont pensé de la pièce. Il est fréquent que les spectateurs se trouvent des ressemblances avec tel ou tel personnage. Si cette connexion se fait entre les spectateurs et les personnages, c’est une victoire pour les acteurs car c’est précisément ce qu’ils cherchent à accomplir en jouant. Durant la discussion, PETA écoute les commentaires du public, leurs histoires personnelles et leurs initiatives pour agir. PETA peut suggérer ou fournir des idées à suivre au public, mais l’association tient à rester avant tout un soutien. Il est important pour PETA que les spectateurs trouvent eux-mêmes des solutions aux problèmes.

Grâce au travail de PETA, la troupe est devenue synonyme de théâtre prestigieux à travers les Philippines et l’Asie. PETA a produit plus de 300 performances jouées devant des milliers de spectateurs, parmi lesquelles des pièces comme « Tumawag kay Libby Manaoag » sur les violences domestiques ou encore « The Libby Files ». Le succès de ces « informances » est tel que PETA ne peut accommoder toutes les demandes. L’impact laissé sur le public est également significatif : touchés par ces performances, de nombreux spectateurs, communautés locales, individus ou groupes ont commencé à prendre des initiatives pour régler eux-mêmes leurs problèmes. Des problèmes qui ne restent plus aujourd’hui inabordés. À la suite d’une « informance » sur les viols conjugaux, une femme rentra chez elle et trouva pour la première fois le courage de dire « non » aux avances de son mari. En d’autres termes, PETA a donné à son public les moyens de repenser les croyances conventionnelles et profondément ancrées dans la société sur les rapports homme/femme, la répartition des rôles entre les sexes et le contrôle des naissances.

Avant d’implémenter cette tactique dans d’autres contextes (la prostitution infantile ou le HIV/SIDA), il est importante de garder à l’esprit que 1) des critiques sur l’approche théâtrale choisie peuvent émerger, 2) la participation des communautés, villages et organisations est nécessaire et 3) des subventions pour monter les tournées sont nécessaires.

Contact Information
Organization: 
The Philippine Educational Theater Association (PETA)
Country or Region: 
Philippines

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